Affaire « Chez Lolotte », l’APF s’exprime

(Last Updated On: 29 juin 2015)
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S’il y a bien un point sur lequel la gérante de « Chez Lolotte » et l’APF sont d’accord, c’est la trop grosse polémique qu’a suscité l’inaccessibilité de ce petit bistro de Bonne-sur-Ménoge, en Haute-Savoie. D’un côté, la gérante se défend du coût trop cher des travaux d’accessibilité et de l’autre, l’APF refuse qu’on continue de colporter partout que l’accessibilité est la cause de la faillite de certains commerces français. L’association a ajouté que la fermeture n’était pas la seule issue pour l’établissement « Chez Lolotte » puisque d’autres solutions sont envisageables.

Une affaire bien trop médiatisée

Depuis quelques jours, tous les médias ne parlent que de l’établissement « Chez Lolotte » qui se situe dans un petit village de la Haute-Savoie, à Bonne-sur-Ménoge. Pourquoi autant de polémique autour de ce petit bistro à l’ancienne alors qu’il n’est pas le seul à ne pas être accessible au jour d’aujourd’hui ? Laurence Ballarin, restauratrice et gérante du bistro se le demande elle-même. Elle a ainsi tenu à faire savoir au public pourquoi son établissement n’est toujours pas accessible malgré la loi sur le handicap.

Des travaux trop chers

Laurence Ballarin a expliqué que les travaux de mise en accessibilité lui coûteraient dans les 200 000 euros. Une somme dont son petit bistro ne dispose pas et une dépense qui entraînerait la fermeture de son commerce et le licenciement de trois employés. Dans ce budget prévisionnel, la restauratrice soulève le transfert des toilettes qui se situent au premier étage. Les transférer au rez-de-chaussée pour en faciliter l’accès aux clients handicapés est donc une bonne idée, mais une idée qui coûte trop cher. Il n’y a donc aucune mauvaise volonté de sa part puisqu’elle reconnaît même que ce serait vraiment bien surtout que son établissement reçoit régulièrement des personnes handicapées.

 

L’APF mécontent

Face à la trop forte médiatisation autour de cet établissement et les dires de certains médias qui semblent dresser un portrait caricatural des faits, l’APF (Association des paralysés de France) du département sort du silence pour exprimer son mécontentement. Le fait que l’établissement ne soit pas accessible n’est pas vraiment la raison de sa colère. C’est surtout le fait de déclarer que la seule solution pour l’établissement serait la fermeture qui la met en rogne. Pour l’APF le fait d’accuser la mise en accessibilité, et donc les personnes handicapées, d’être la cause de faillite des commerces français est inacceptable. Malheureusement, c’est souvent ce que les professionnels du tourisme colportent et la médiatisation poussée par le lobbying hôtelier devient pénible pour l’association.

 

D’autres issues pourtant possibles

Pour se défendre, l’APF tient à rappeler que la loi du 11 février 2005 propose d’autres solutions à part mettre la clé sous la porte. Cédrik Carotte, directeur de l’APF souligne ainsi que cette loi a précisé trois dérogations pour les motifs suivants :

  • Impossibilité technique
  • Conservation du patrimoine architectural
  • Disproportion manifeste entre les améliorations à apporter et leurs conséquences

Outre ces motifs de dérogations, les établissements encore non-accessibles au 31 décembre 2014 peuvent également faire appel à l’Ad’Ap (agenda d’accessibilité programmé) ce qui leur octroie :

  • un échelonnement des travaux sur de nombreuses années quand c’est possible
  • une dérogation en cas d’impossibilité à effectuer les travaux

L’établissement « Chez Lolotte » correspond donc au profil de dérogation possible donc dire qu’il n’a d’autres options que la fermeture est un peu exagéré de la part des médias.

Seule la loi peut décider

Pour Cédrik Carotte, personne ne peut décider à la place de la loi, même le gérant de l’établissement. Il reconnaît que quand la réalisation des travaux est impossible, il ne sert à rien de s’acharner, mais il ne faut pas se décider à la légère. Le gérant doit avant tout faire une estimation des travaux et si ce n’est pas faisable, établir un dossier de dérogation. La loi prendra ensuite la décision qui s’impose.

 

« N’écoutez pas les lobbies »

Face au lobbying hôtelier, l’APF a déjà adopté en 2013 un slogan disant « N’écoutez pas les lobbies ». Durant cette campagne, l’association faisait la promotion de commerçants, hôteliers, transporteurs, médecins, architectes qui, sans même y être obligés, ont rendu leurs infrastructures accessibles aux personnes handicapées. L’APF rappelle alors que pour la mise en accessibilité, les actions à mener ne sont pas forcément complexes. De plus, rendre son établissement accessible ne peut être qu’une bonne chose pour le gérant, car selon la Banque Mondiale, la population handicapée représenterait 15 à 20 % du secteur touristique. Enfin, l’association rappelle qu’elle peut soutenir les professionnels du tourisme que ce soit en les conseillant ou en recherchant ensemble les meilleures solutions pour l’accessibilité. Les solutions peuvent être simples, car le handicap n’est pas forcément moteur, mais aussi visuel, mental ou auditif.

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